L’urgence de transmettre l’amour de la France à l’école primaire : comment enseigner l’histoire?

C’est à Victor Duruy, Ministre du Second Empire, que l’on doit l’initiative de rendre l’histoire de France, avec sa géographie, matières obligatoires de l’école primaire. Ainsi le rapport de la commission, chargé d’examiner le projet de loi en 1866 énonce : « Des notions sommaires sur l’histoire et la géographie de la France sont indispensables aux enfants qui seront un jour des citoyens français. Un Français ne doit pas être comme un étranger sur le sol où il est né, où il vivra. Il ne doit pas demeurer dans une ignorance absolue de ce qui s’est passé autrefois dans son pays. » L’article 16 de la loi Duruy du 10 avril 1867 stipule : « Les éléments de l’Histoire et de la géographie de la France sont ajoutés aux matières obligatoires de l’enseignement primaire ».

La France a toujours maintenu la volonté de cet enseignement à l’école primaire (aujourd’hui à partir du CE2). D’autres pays comme l’Espagne et l’Allemagne ne font pas d’histoire avant le collège. C’est une chance que de pouvoir s’initier à la richesse de notre histoire dès le plus jeune âge. Cela permet l’intégration des enfants dans la communauté nationale. Toutefois, ces objectifs peinent aujourd’hui à être atteints car l’enseignement de notre histoire est parcellaire. Les raisons en sont nombreuses, et détaillées ci-dessous. Les écoles Espérance Banlieues utilisent des méthodes simples pour l’enseigner de façon vivante. Par ce biais, l’appropriation de ce patrimoine extraordinaire est facilitée. Ces méthodes contribuent ainsi à inverser le repli identitaire.

L’enseignement de l’histoire répond à des objectifs essentiels d’intégration et de construction de l’individu

Petite fille hissant des drapeaux français et européensCet enseignement sert d’abord à former le citoyen en donnant aux enfants, les adultes de demain, une culture commune. Faire aimer la France par le biais de son histoire si riche tant dans ses hauts faits que dans d’autres moins glorieux, une histoire triste ou heureuse, permet de développer le sentiment d’appartenance à la Nation française, à se reconnaître enfants d’une même patrie et à donner un idéal. Selon Eric Mestrallet, président de la Fondation Espérance Banlieues, il existe « un nombre important d’enfants qui n’ont pas le français comme langue maternelle et connaissent peu la culture française. Les écoles Espérances Banlieues ont à cœur de permettre à ces enfants d’assumer leur culture d’origine tout en bénéficiant d’une bonne acculturation française ».

Cet enseignement permet aussi à l’adulte en devenir de se construire. Réfléchir, penser, imaginer ce qu’a pu être la vie des hommes autrefois permet de comprendre le monde d’aujourd’hui. Les enfants peuvent ainsi s’instruire en admirant de grands personnages, qui deviennent des modèles. Confiants en eux-mêmes grâce à cette explication simple des événements , les enfants pourront devenir des adultes acteurs dans la société.

Un constat : l’enseignement de notre histoire est parcellaire

Dans un rapport de 2013 de l’Inspection Générale «  Bilan de la mise en place des programmes issus de la réforme de l’école primaire de 2008 », n° 2°13-066, juin 2013 (voir les pages 66 à 72), il est fait état de plusieurs constats. D’abord, la préhistoire occupe une place considérable, au détriment de la période contemporaine. De même, les relations entre gaulois et romains sont beaucoup étudiées, lorsque la naissance du christianisme est peu enseignée. Cette dernière semble effrayer alors même que notre civilisation en est issue. Enfin, l’époque médiévale et ses châteaux forts sont souvent abordés. Les Temps Modernes, en revanche, sont étudiés à travers la Renaissance et le règne de Louis XIV.

Cet enseignement parcellaire est dû selon Benoît Falaize, agrégé d’histoire (expliqué dans son livre : « Enseigner l’histoire à l’école, Edition Retz, 2015 ») :

  • au fait que l’enseignement de l’histoire est devenue une question politique. Il y a des sujets sensibles : la Shoah, la colonisation, la religion… Les enseignants préfèrent ne pas aborder ces sujets. Ces derniers suscitent des polémiques et l’inconfort des enseignants ;
  • aux méthodes d’enseignement proposées. Celles-ci préconisent de faire de l’histoire en étudiant des grands thèmes sans respect de faits chronologiques. De plus, les documents historiques sont trop souvent hors de portée des élèves.
  • à la particularité des enseignants à l’école primaire. Ceux-ci ne sont pas des spécialistes de l’histoire.

Reportage dans l’école Espérance Banlieues « le cours la Boussole » de Mantes La Jolie

L’histoire est enseignée à raison d’une heure par semaine de façon chronologique

Cela permet à l’enfant de se repérer dans le temps et de comprendre le déroulement logique des événements. Il retient ainsi plus facilement. Le manuel de support de l’enseignant est le « Manuel d’histoire de France, cycle 3 », édition de «  la librairie des Ecoles ». L’enseignant passe 5 ou 10 minutes au début de chaque leçon à questionner les enfants. Ceci afin que l’étudiant puisse se rappeler le précédent cours. Puis l’enseignant passe 30 minutes environ à « raconter » la leçon prévue ce jour là. Les 20 minutes restantes permettent à l’enfant de copier une leçon de quelques phrases dans son cahier. L’enseignant a au préalable écrit cette leçon au tableau.

L’histoire doit susciter des émotions indique M Chanu, à la fois enseignant et directeur du cours La Boussole

C’est par ce biais que les enfants retiennent et s’approprient l’histoire de France. Un récit vivant, des personnages dont on décrit le caractère ou dont on connaît le surnom, la description de leurs ennemis ou amis, les batailles qu’ils ont livrées… fait entrer les enfants dans une relation familière avec les grands personnages tels que Charlemagne, Saint Louis, Philippe Auguste, Philippe Le Bel, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre…

Il faut dire que M Chanu a un master en histoire et a développé des talents de conteur dans ses expériences d’éducateur. Il prévoit plusieurs visites dans l’année ou organise des rencontres avec des témoins. Ces animations servent à rendre cette histoire vivante et concrète. Les enfants ont ainsi pu se rendre à la collégiale de Mantes La Jolie, à Saint Etienne du Mont voir les reliques de Sainte-Geneviève, au Panthéon et ils iront au château de Versailles en fin d’année.

Les élèves ont aussi pu rendre hommage à Arnaud Beltrame un lundi matin lors de la cérémonie du lever des couleurs et l’émotion était forte. M Chanu témoigne : « les élèves ont pu assister à  naissance d’un héros, proche d’eux et qui a parfaitement rempli son rôle en permettant aux enfants de l’école Espérance banlieues de Mantes  la Jolie de comprendre et d’intégrer les valeurs culturelles et sociales qu’il incarne».

Comment savoir si les enfants ont bien retenu ?

Pour que la leçon soit retenue, M Chanu demande aux enfants de la réciter avec leurs mots à leurs parents le soir. Ainsi les parents apprennent ou redécouvrent l’histoire de France aussi!

Tous les quinze jours, l’enseignant fait une petite interrogation sur le dernier chapitre vu en classe soit sous forme de question soit en partant d’une peinture d’époque ou non, des dessins ou des photos. L’étude des images est très guidée. M Chanu décompose toutes les questions de l’analyse (Que voit-on à gauche ? Quels habits porte le personnage ? Comment sont ses chaussures ?…).

J’ai assisté à une leçon d’histoire dans une classe de CE2 dans laquelle M Chanu a commencé par questionner les enfants sur ce qu’ils avaient retenu depuis le début de l’année. J’ai été fort impressionnée par tout ce qu’ils connaissaient de Hugues Capet (987) jusqu’au Guerre de religions (XVIème siècle). De Philippe Auguste en passant par le Moyen Age, jusqu’à François 1e, ils étaient capables de donner la date de la bataille de Bouvines, le nom de l’évêque (Pierre Cauchon) qui avait ordonné de brûler Jeanne d’Arc, de savoir où les rois de France étaient sacrés… Enfin, les enfants « rejouent » parfois dans la cour de récréation les scènes évoquées en classe. Parmi celles-si se trouvent Vercingétorix à Alésia, Clovis à Soisson ou François 1er et le chevalier de Bayard à Marignan. C’est bien la preuve que l’Histoire est devenue vivante pour ces enfants, une partie de leur patrimoine!

Article rédigé par France Martin-Monier

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