un enfant qui veut exprimer sa souffrance par la violence

La violence de l’enfant, comme un cri de souffrance : témoignage

Témoignage de Niels Villemain, directeur du Cours La Cordée, une école Espérance banlieues à Roubaix.

Cas de l’élève Hillel, une souffrance exprimée par la violence

Les enfants violents ne le sont que dans certaines circonstances. Hillel est un enfant de sept ans. Il parait timide. Il regarde le sol et reste immobile en récréation. Quand un professeur l’aborde pour lui proposer un jeu, il se met à hurler : « t’es pas mon père, t’es rien pour moi ! ». Les autres élèves sont choqués et s’éloignent. Le professeur s’accroupit pour se mettre au niveau du visage d’Hillel. Ce-dernier continue à hurler : « laisse-moi ! ». Dans la seconde qui suit, un coup de pied part dans le genou du professeur.

Ce comportement devrait être sévèrement sanctionné mais, quand Hillel est rentré dans mon bureau, la détresse de son visage et sa résignation m’ont laissé deviner sa souffrance et la compassion a pris le pas sur l’emportement. J’ai essayé de comprendre son trouble. Il insultait sa maman, tout en hurlant dans mon bureau.

J’ai rapidement compris que cet enfant nourrissait une rancune profonde contre ses parents, à cause de leur séparation. A cette rancune s’ajoutait la colère de ne pas être considéré par son père. Je l’ai contacté par téléphone, l’invitant à venir à l’école, rapidement. Il m’a répondu qu’il était en déplacement à 800 km de là, pour plusieurs mois. J’ai appris par la suite qu’il est chauffeur de bus sur la même commune que notre école… Il n’est finalement jamais venu.

L’alliance parents-école dans l’éducation : une nécessité

Nous ne voulons jamais réduire un enfant aux actes qu’il pose, sans nier sa responsabilité. Pour relever le défi de la violence quand elle est l’expression d’une souffrance, l’école doit pouvoir travailler en confiance avec les parents.

Hillel va probablement être orienté dans un établissement où la violence sera sans doute très présente, car ce seront des enfants blessés, comme lui qui l’entoureront. Le garder dans notre école, ce serait malheureusement menacer la stabilité de notre établissement.  Le bien collectif doit l’emporter sur un bien individuel, surtout putatif, même si la décision est toujours très difficile à prendre.

enfant et parent main dans la main pour l'éducation

Oui, la violence à l’école est un problème d’adultes, mais d’adultes responsables, engagés et convaincus que leur coopération est nécessaire à la croissance des enfants. Sans alliance éducative, il n’est pas possible de conjuguer le bien de chaque enfant et le bien d’une classe ou de l’école. Quand 90% de l’énergie de l’équipe éducative est consacrée à moins de 10% des élèves, que devient l’équité ?

Lisez aussi notre article sur le rôle du langage pour parer à la violence de l’enfant.

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