Elève qui vouvoie sa maitresse en classe

Faut-il vouvoyer les élèves à l’école ?

– Bonjour Yacine, comment allez-vous ce matin ?
– Quoi, c’est à moi qu’on parle ? Il me vouvoie le directeur ? Je ne suis pas le président de la République…
– Peut-être pas encore, mais vous pourriez le devenir ; alors, prenons les devants, n’insultons pas l’avenir, et commençons dès à présent à vous vouvoyer !

Pourquoi vouvoyer les élèves dès le CP ?

Il serait déjà bien dommage de se priver d’une des richesses que nous offre la langue française d’exprimer des nuances, de marquer des différences dans les relations que nous tissons les uns avec les autres. « L’ennui naquit un jour de l’uniformité », nous le savons. Et il est si peu français de s’ennuyer ! A l’école, vivons sans réserve toutes subtilités de la langue française qui font le plaisir d’être français.

Des élèves en classe qui regarde l'enseignante au tableauLe vouvoiement vis-à-vis de ceux qui ne nous sont pas proches naturellement – le cercle de famille, les meilleurs amis – est une manière de mettre au diapason la dignité du langage et la dignité que l’on reconnaît à son interlocuteur. Cela n’échappe  pas aux journalistes qui vouvoient à l’antenne des personnes qu’ils tutoient par ailleurs. A l’école c’est une manière de dire à chacun qu’il a du prix aux yeux des adultes : nous nous vouvoyons tous car nous avons une estime réciproque que nous voulons manifester chaque jour.

Dans les écoles Espérance banlieues, les parents sont reconnus premiers éducateurs de leurs enfants. Si vous souhaitez découvrir ces écoles, jetez un œil à leur page Facebook. L’école se place à une juste distance de ce cercle d’intimité. Le vouvoiement est une manière d’exprimer cette distance voulue, assumée. La mission d’enseignement, d’éducation qui est celle de l’école ne recherche pas la familiarité complice. Elle se nourrit d’une estime réciproque qui s’accommode très bien du vouvoiement dont la langue française s’enrichit. Avons-nous vocation à nous aligner sur un usage anglo-saxon dont il serait bien hasardeux de conclure qu’il ignore le vouvoiement. Et si c’était le tutoiement que nos voisins anglais ne pratiquaient pas ?

Le tutoiement généralisé est-il un leurre ?

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots » disait Platon et, n’en déplaise à certains, le tutoiement généralisé est un leurre : non, tout n’est pas dans tout, et la distinction du langage permet de distinguer nos interlocuteurs. Toutes les sociétés qui succombèrent à la tentation d’un égalitarisme despotique où le tutoiement était imposé, ont bien démontré que tous les animaux étaient égaux certes, mais certains plus que d’autres, hélas…

Alors vouvoyons les enfants à l’école, ils nous le rendront par l’enrichissement de leur champ lexical, le plus grand soin qu’ils prendront pour s’exprimer à l’égard des adultes et donnons leur ainsi la chance de réfléchir une petite seconde de plus à la façon dont ils s’adressent à nous adultes plutôt que de cultiver à leur égard une familiarité excessive dont nous serions les premiers à nous plaindre quand elle se retournera contre nous.

C’est en donnant que l’on reçoit, n’est-ce-pas ?

 

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